Liège en rouge et noir

Tout simplement, le regard bien posé de Kroll : il n’y a rien à ajouter…

si ce n’est sa « Carte Blanche » , un fabuleux texte, à lire absolument !

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3 thoughts on “Liège en rouge et noir

  1. Sa carte blanche est très bien.
     » Mon  » Liège après le drame
    Liège, c’est ma ville. Liège c’est une ville comme une autre. Enfin,
    les liégeois pensent qu’elle est différente de toutes les autres. Tous
    les gens qui sont d’une ville pensent qu’elle est différente de toutes
    les autres. A Liège, cette semaine, il y avait des jeunes qui
    passaient des examens, il y avait des vieux qui achetaient des cadeaux
    de Noël pour des jeunes pendant qu’ils passaient leurs examens, il y
    avait des jeunes qui, après leurs examens, achetaient des cadeaux pour
    des vieux, il y avaient des vendeurs et des vendeuses qui vendaient
    des cadeaux à des jeunes et des vieux. Il y avait du vent. Et puis, à
    midi, chaque jour, tout le monde prend le bus place Saint Lambert pour
    entrer étudier et cacher les cadeaux.
    Mardi, à Liège il y avait un tueur. Un type a tiré dans la foule, il a
    blessé, massacré, même un bébé, et puis lui-même sans doute. On a
    parlé de Liège dans le monde entier comme on l’avait fait de
    Columbine, de la Norvège, de tous ces endroits où un jour un fou abat
    des gens qui n’avaient rien fait d’autre que d’être là.
    Liège a son Kim de Gelder, son Anders Breivik, Liège est de son temps.
    Une ville de son temps ni différente des autres ni comme les autres.
    Que savez-vous de Liège ? Une ville du sud dans ce pays du nord dont
    on retient plus la chaleur des habitants que la beauté des banlieues.
    A Liège, il se dit qu’on fait toujours tout un peu plus fort que les
    autres, un peu autrement aussi. On l’a dit des grèves, on l’a dit des
    affaires, on le dit de la fête. C’est à Liège qu’un ministre d’état se
    fait assassiner, à Liège qu’on s’offre une gare que New-York
    trouverait un peu ostentatoire. C’est à Liège qu’on sort les terrasses
    de bistrot dès qu’il fait 10 degrés pour se la jouer italienne. C’est
    à Liège qu’on fête le 14 juillet au lieu du 21 parce que ça nous amuse
    de nous croire un peu Français. C’est à Liège que le village de Noël,
    les petits chalets en bois ou l’on vend des gaufres et des bougies,
    est plus grand qu’un vrai village. C’est à Liège qu’on fait la fête à
    toute occasion. Le vernissage d’une exposition -et je m’y connais- à
    Bruxelles commence à 18h15 s’il est annoncé à 18 h et, à 19 , après
    quelques discours en deux langues et deux coupes de champagne, les
    plus épicuriens cherchent un restaurant. A Liège, annoncé à 18 h le
    discours de l’élu local se fera à 20h30 dans un brouhaha général et,
    vers minuit ou une heure, on se demandera offusqué comment il se fait
    qu’il n’y a plus rien à boire. J’exagère à peine. Le liégeois apprend
    dans « le Carré » a boire de tout en se tapant des grandes claques
    dans le dos, en embrassant ses potes et nos jolies filles…et bien
    avant d’avoir l’âge de conduire !
    Et puis une fête un peu diffuse, un peu virtuelle que l’on fait à
    Liège depuis quelques années c’est celle d’une ville qui se voit
    sortir de ses marasmes. Le Standard est deux fois champion. La ville
    construit un peu partout, elle se propose d’organiser l’exposition
    internationale de 2017… et chaque fois qu’elle veut applaudir une
    bonne nouvelle, le sort ou Lakshmi Mittal lui gâche la fête.
    A Liège, il y a deux ans, à cent mètres de la place Saint Lambert,
    deux immeubles explosaient. Des morts, des blessés. Des hôpitaux
    débordés. Des images qui ont aussi fait le tour du monde. C’était
    juste après les fêtes.
    Liège dorénavant aura peur des fêtes.
    Pierre Kroll. Le 14 décembre 11

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